Saturday, July 11, 2009

La mort de Manon


Pardonnez, si j'achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur qui n'eut jamais d'exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais, quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d'horreur chaque fois que j'entreprends de l'exprimer.

Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n'osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m'aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu'elle les avait froides et tremblantes. Je les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d'une voix faible, qu'elle se croyait à sa dernière heure. Je ne pris d'abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l'infortune, et je n'y répondis que par les tendres consolations de l'amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes, me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait. N'exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis; je reçus d'elle des marques d'amour au moment même qu'elle expirait. C'est tout ce que j'ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement.

Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point, sans doute, assez rigoureusement puni. Il a voulu que j'aie traîné, depuis, une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse.

Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon. Mon dessein était d'y mourir; mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la résolution de l'enterrer et d'attendre la mort sur sa fosse. J'étais déjà si proche de ma fin, par l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient causé, que j'eus besoin de quantité d'efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs que j'avais apportées. Elles me rendirent autant de force qu'il en fallait pour le triste office que j'allais exécuter. Il ne m'était pas difficile d'ouvrir la terre, dans le lieu où je me trouvais. C'était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée, pour m'en servir à creuser, mais j'en tirai moins de secours que de mes mains. J'ouvris une large fosse. J'y plaçai l'idole de mon cœur après avoir pris soin de l'envelopper de tous mes habits, pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée mille fois, avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle. Je la considérai longtemps. Je ne pouvais me résoudre à fermer la fosse. Enfin, mes forces recommençant à s'affaiblir et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j'ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable, et fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du Ciel et j'attendis la mort avec impatience. Ce qui vous paraîtra difficile à croire, c'est que, pendant tout l'exercice de ce lugubre ministère, il ne sortit point une larme de mes yeux ni un soupir de ma bouche. La consternation profonde où j'étais et le dessein déterminé de mourir avaient coupé le cours à toutes les expressions du désespoir et de la douleur. Aussi, ne demeurai-je pas longtemps dans la posture où j'étais sur la fosse, sans perdre le peu de connaissance et de sentiment qui me restait.

Après ce que vous venez d'entendre, la conclusion de mon histoire est de si peu d'importance, qu'elle ne mérite pas la peine que vous voulez bien prendre à l'écouter. Le corps de Synnelet ayant été rapporté à la ville et ses plaies visitées avec soin, il se trouva, non seulement qu'il n'était pas mort, mais qu'il n'avait pas même reçu de blessure dangereuse. Il apprit à son oncle de quelle manière les choses s'étaient passées entre nous, et sa générosité le porta sur-le-champ à publier les effets de la mienne. On me fit chercher, et mon absence, avec Manon, me fit soupçonner d'avoir pris le parti de la fuite. Il était trop tard pour envoyer sur mes traces; mais le lendemain et le jour suivant furent employés à me poursuivre. On me trouva, sans apparence de vie, sur la fosse de Manon, et ceux qui me découvrirent en cet état, me voyant presque nu et sanglant de ma blessure, ne doutèrent point que je n'eusse été volé et assassiné. Ils me portèrent à la ville. Le mouvement du transport réveilla mes sens. Les soupirs que je poussai, en ouvrant les yeux et en gémissant de me retrouver parmi les vivants, firent connaître que j'étais encore en état de recevoir du secours. On m'en donna de trop heureux. Je ne laissai pas d'être renfermé dans une étroite prison. Mon procès fut instruit, et, comme Manon ne paraissait point, on m'accusa de m'être défait d'elle par un mouvement de rage et de jalousie. Je racontai naturellement ma pitoyable aventure. Synnelet, malgré les transports de douleur où ce récit le jeta, eut la générosité de solliciter ma grâce. Il l'obtint. J'étais si faible qu'on fut obligé de me transporter de la prison dans mon lit, où je fus retenu pendant trois mois par une violente maladie. Ma haine pour la vie ne diminuait point. J'invoquais continuellement la mort et je m'obstinai longtemps à rejeter tous les remèdes. Mais le Ciel, après m'avoir puni avec tant de rigueur avait dessein de me rendre utiles mes malheurs et ses châtiments. Il m'éclaira de ses lumières, qui me firent rappeler des idées dignes de ma naissance et de mon éducation. La tranquillité ayant commencé de renaître un peu dans mon âme, ce changement fut suivi de près par ma guérison. Je me livrai entièrement aux inspirations de l'honneur, et je continuai de remplir mon petit emploi, en attendant les vaisseaux de France qui vont, une fois chaque année, dans cette partie de l'Amérique. J'étais résolu de retourner dans ma patrie pour y réparer, par une vie sage et réglée, le scandale de ma conduite. Synnelet avait pris soin de faire transporter le corps de ma chère maîtresse dans un lieu honorable.


Abbé Prévost, Manon Lescaut

Thursday, July 2, 2009

Ah! C'est vous, mon amour...

(Greuze)

Manon était occupée à lire. Ce fut là que j'eus lieu d'admirer le caractère de cette étrange fille. Loin d'être effrayée et de paraître timide en m'apercevant, elle ne donna que ces marques légères de surprise dont on n'est pas le maître à la vue d'une personne qu'on croit éloignée. Ah ! c'est vous, mon amour, me dit-elle en venant m'embrasser avec sa tendresse ordinaire. Bon Dieu ! que vous êtes hardi ! Qui vous aurait attendu aujourd'hui dans ce lieu ? Je me dégageai de ses bras, et loin de répondre à ses caresses, je la repoussai avec dédain, et je fis deux ou trois pas en arrière pour m'éloigner d'elle. Ce mouvement ne laissa pas de la déconcerter. Elle demeura dans la situation où elle était et elle jeta les yeux sur moi en changeant de couleur. J'étais, dans le fond, si charmé de la revoir, qu'avec tant de justes sujets de colère, j'avais à peine la force d'ouvrir la bouche pour la quereller. Cependant mon coeur saignait du cruel outrage qu'elle m'avait fait. Je le rappelais vivement à ma mémoire, pour exciter mon dépit, et je tâchais de faire briller dans mes yeux un autre feu que celui de l'amour. Comme je demeurai quelque temps en silence, et qu'elle remarqua mon agitation, je la vis trembler apparemment par un effet de sa crainte.
Je ne pus soutenir ce spectacle. Ah ! Manon, lui dis-je d'un ton tendre, infidèle et parjure Manon! par où commencerai-je à me plaindre ? Je vous vois pâle et tremblante, et je suis encore si sensible à vos moindres peines, que je crains de vous affliger trop par mes reproches. Mais, Manon, je vous le dis, j'ai le coeur percé de la douleur de votre trahison. Ce sont là des coups qu'on ne porte point à un amant, quand on n'a pas résolu sa mort. Voici la troisième fois, Manon, je les ai bien comptées ; il est impossible que cela s'oublie. C'est à vous de considérer, à l'heure même, quel parti vous voulez prendre, car mon triste coeur n'est plus à l'épreuve d'un si cruel traitement. Je sens qu'il succombe et qu'il est prêt à se fendre de douleur. Je n'en puis plus, ajoutai-je en m'asseyant sur une chaise ; j'ai à peine la force de parler et de me soutenir.
Elle ne me répondit point, mais, lorsque je fus assis, elle se laissa tomber à genoux et elle appuya sa tête sur les miens, en cachant son visage de mes mains. Je sentis en un instant qu'elle les mouillait de ses larmes. Dieux ! de quels mouvements n'étais-je point agité ! Ah ! Manon, Manon, repris-je avec un soupir il est bien tard de me donner des larmes, lorsque vous avez causé ma mort. Vous affectez une tristesse que vous ne sauriez sentir. Le plus grand de vos maux est sans doute ma présence, qui a toujours été importune à vos plaisirs. Ouvrez les yeux, voyez qui je suis ; on ne verse pas des pleurs si tendres pour un malheureux qu'on a trahi, et qu'on abandonne cruellement. Elle baisait mes mains sans changer de posture. Inconstante Manon, repris-je encore, fille ingrate et sans foi, où sont vos promesses et vos serments ? Amante.. mille fois volage et cruelle, qu'as-tu fait de cet amour que tu me jurais encore aujourd'hui ? Juste Ciel, ajoutai-je, est-ce ainsi qu'une infidèle se rit de vous, après vous avoir attesté si saintement ? C'est donc le panure qui est récompensé ! Le désespoir et l'abandon sont pour la constance et la fidélité.
Ces paroles furent accompagnées d'une réflexion si amère, que j'en laissai échapper malgré moi quelques larmes. Manon s'en aperçut au changement de ma voix. Elle rompit enfin le silence. Il faut bien que je sois coupable, me dit-elle tristement, puisque j'ai pu vous causer tant de douleur et d'émotion ; mais que le Ciel me punisse si j'ai cru l'être, ou si j'ai eu la pensée de le devenir ! Ce discours me parut si dépourvu de sens et de bonne foi, que je ne pus me défendre d'un vif mouvement de colère. Horrible dissimulation ! m'écriai-je. Je vois mieux que jamais que tu n'es qu'une coquine et une perfide. C'est à présent que je connais ton misérable caractère. Adieu, lâche créature, continuai-je en me levant ; j'aime mieux mourir mille fois que d'avoir désormais le moindre commerce avec toi. Que le Ciel me punisse moi-même si je t'honore jamais du moindre regard ! Demeure avec ton nouvel amant, aime-le, déteste-moi, renonce à l'honneur au bon sens ; je m'en ris, tout m'est égal.
Elle fut si épouvantée de ce transport, que, demeurant à genoux près de la chaise d'où je m'étais levé, elle me regardait en tremblant et sans oser respirer. Je fis encore quelques pas vers la porte, en tournant la tête, et tenant les yeux fixés sur elle. Mais il aurait fallu que j'eusse perdu tous sentiments d'humanité pour m'endurcir contre tant de charmes. J'étais si éloigné d'avoir cette force barbare que, passant tout d'un coup à l'extrémité opposée, je retournai vers elle, ou plutôt, je m'y précipitai sans réflexion. Je la pris entre mes bras, je lui donnai mille tendres baisers. Je lui demandai pardon de mon emportement. Je confessai que j'étais un brutal, et que je ne méritais pas le bonheur d'être aimé d'une fille comme elle. Je la fis asseoir et, m'étant mis à genoux à mon tour, je la conjurai de m'écouter en cet état. Là, tout ce qu'un amant soumis et passionné peut imaginer de plus respectueux et de plus tendre, je le renfermai en peu de mots dans mes excuses. Je lui demandai en grâce de prononcer qu'elle me pardonnait. Elle laissa tomber ses bras sur mon cou, en disant que c'était elle-même qui avait besoin de ma bonté pour me faire oublier les chagrins qu'elle me causait, et qu'elle commençait à craindre avec raison que je goûtasse point ce qu'elle avait à me dire pour se justifier. Moi ! interrompis-je aussitôt, ah ! je ne vous demande point de justification. J'approuve tout ce que vous avez fait. Ce n'est point à moi d'exiger des raisons de votre conduite ; trop content, trop heureux, si ma chère Manon ne m'ôte point la tendresse de son coeur ! Mais, continuai-je, en réfléchissant sur l'état de mon sort, toute-puissante Manon ! vous qui faites à votre gré mes joies et mes douleurs, après vous avoir satisfaite par mes humiliations et par les marques de mon repentir ne me sera-t-il point permis de vous parler de ma tristesse et de mes peines ? Apprendrai-je de vous ce qu'il faut que je devienne aujourd'hui, et si c'est sans retour que vous allez signer ma mort, en passant la nuit avec mon rival ?
Elle fut quelque temps à méditer sa réponse : Mon Chevalier, me dit-elle, en reprenant un air tranquille, si vous vous étiez d'abord expliqué si nettement, vous vous seriez épargné bien du trouble et à moi une scène bien affligeante. Puisque votre peine ne vient que de votre jalousie, je l'aurais guérie en m'offrant à vous suivre sur-le-champ au bout du monde.

Abbé Prévost, Manon Lescaut

Wednesday, July 1, 2009

Ah! Manon... (2)


"Manon was so terrified by the violence of my anger, that,
remaining on her knees by the chair from which I had just before
risen, breathless and trembling, she fixed her eyes upon me. I
advanced a little farther towards the door, but, unless I had
lost the last spark of humanity, I could not continue longer
unmoved by such a spectacle.

"So far, indeed, was I from this kind of stoical indifference,
that, rushing at once into the very opposite extreme, I returned,
or rather flew back to her without an instant's reflection. I
lifted her in my arms; I gave her a thousand tender kisses; I
implored her to pardon my ungovernable temper; I confessed that I
was an absolute brute, and unworthy of being loved by such an
angel.

"I made her sit down, and throwing myself, in my turn, upon my
knees, I conjured her to listen to me in that attitude. Then I
briefly expressed all that a submissive and impassioned lover
could say most tender and respectful. I supplicated her pardon.
She let her arms fall over my neck, as she said that it was she
who stood in need of forgiveness, and begged of me in mercy to
forget all the annoyances she had caused me, and that she began,
with reason, to fear that I should not approve of what she had to
say in her justification. `Me!' said I interrupting her
impatiently; `I require no justification; I approve of all you
have done. It is not for me to demand excuses for anything you
do; I am but too happy, too contented, if my dear Manon will only
leave me master of her affections! But,' continued I,
remembering that it was the crisis of my fate, `may I not, Manon,
all-powerful Manon, you who wield at your pleasure my joys and
sorrows, may I not be permitted, after having conciliated you by
my submission and all the signs of repentance, to speak to you
now of my misery and distress? May I now learn from your own
lips what my destiny is to be, and whether you are resolved to
sign my death-warrant, by spending even a single night with my
rival?'

"She considered a moment before she replied. `My good
chevalier,' said she, resuming the most tranquil tone, `if you
had only at first explained yourself thus distinctly, you would
have spared yourself a world of trouble, and prevented a scene
that has really annoyed me. Since your distress is the result of
jealousy, I could at first have cured that by offering to
accompany you where you pleased. But I imagined it was caused by
the letter which I was obliged to write in the presence of G----
M----, and of the girl whom we sent with it. I thought you might
have construed that letter into a mockery; and have fancied that,
by sending such a messenger, I meant to announce my abandonment
of you for the sake of G---- M----. It was this idea that at
once overwhelmed me with grief; for, innocent as I knew myself to
be, I could not but allow that appearances were against me.
However,' continued she, `I will leave you to judge of my
conduct, after I shall have explained the whole truth.'

"She then told me all that had occurred to her after joining
G---- M----, whom she found punctually awaiting her arrival. He
had in fact received her in the most princely style. He showed
her through all the apartments, which were fitted up in the
neatest and most correct taste. He had counted out to her in her
boudoir ten thousand francs, as well as a quantity of jewels,
amongst which were the identical pearl necklace and bracelets
which she had once before received as a present from his father.
He then led her into a splendid room, which she had not before
seen, and in which an exquisite collation was served; she was
waited upon by the new servants, whom he had hired purposely for
her, and whom he now desired to consider themselves as
exclusively her attendants; the carriage and the horses were
afterwards paraded, and he then proposed a game of cards, until
supper should be announced.

"`I acknowledge,' continued Manon, `that I was dazzled by all
this magnificence. It struck me that it would be madness to
sacrifice at once so many good things for the mere sake of
carrying off the money and the jewels already in my possession;
that it was a certain fortune made for both you and me, and that
we might pass the remainder of our lives most agreeably and
comfortably at the expense of G---- M----.

"`Instead of proposing the theatre, I thought it more prudent
to sound his feelings with regard to you, in order to ascertain
what facilities we should have for meeting in future, on the
supposition that I could carry my project into effect. I found
him of a most tractable disposition. He asked me how I felt
towards you, and if I had not experienced some compunction at
quitting you. I told him that you were so truly amiable, and had
ever treated me with such undeviating kindness, that it was
impossible I could hate you. He admitted that you were a man of
merit, and expressed an ardent desire to gain your friendship.

"`He was anxious to know how I thought you would take my
elopement, particularly when you should learn that I was in his
hands. I answered, that our love was of such long standing as to
have had time to moderate a little; that, besides, you were not
in very easy circumstances, and would probably not consider my
departure as any severe misfortune, inasmuch as it would relieve
you from a burden of no very insignificant nature. I added that,
being perfectly convinced you would take the whole matter
rationally, I had not hesitated to tell you that I had some
business in Paris; but you had at once consented, and that having
accompanied me yourself, you did not seem very uneasy when we
separated.

"`If I thought,' said he to me, 'that he could bring himself to
live on good terms with me, I should be too happy to make him a
tender of my services and attentions.' I assured him that, from
what I knew of your disposition, I had no doubt you would
acknowledge his kindness in a congenial spirit: especially, I
added, if he could assist you in your affairs, which had become
embarrassed since your disagreement with your family. He
interrupted me by declaring, that he would gladly render you any
service in his power, and that if you were disposed to form a new
attachment, he would introduce you to an extremely pretty woman,
whom he had just given up for me.

"`I approved of all he said,' she added, `for fear of exciting
any suspicions; and being more and more satisfied of the
feasibility of my scheme, I only longed for an opportunity of
letting you into it, lest you should be alarmed at my not keeping
my appointment. With this view I suggested the idea of sending
this young lady to you, in order to have an opportunity of
writing; I was obliged to have recourse to this plan, because I
could not see a chance of his leaving me to myself for a moment.'

"`He was greatly amused with my proposition; he called his
valet, and asking him whether he could immediately find his late
mistress, he dispatched him at once in search of her. He
imagined that she would have to go to Chaillot to meet you, but I
told him that, when we parted, I promised to meet you again at
the theatre, or that, if anything should prevent me from going
there, you were to wait for me in a coach at the, end of the
street of St. Andre; that consequently it would be best to send
your new love there, if it were only to save you from the misery
of suspense during the whole night. I said it would be also
necessary to write you a line of explanation, without which you
would probably be puzzled by the whole transaction. He
consented; but I was obliged to write in his presence; and I took
especial care not to explain matters too palpably in my letter.

"`This is the history,' said Manon, `of the entire affair. I
conceal nothing from you, of either my conduct or my intentions.
The girl arrived; I thought her handsome; and as I doubted not
that you would be mortified by my absence, I did most sincerely
hope that she would be able to dissipate something of your ennui:
for it is the fidelity of the heart alone that I value. I should
have been too delighted to have sent Marcel, but I could not for
a single instant find an opportunity of telling him what I wished
to communicate to you.' She finished her story by describing the
embarrassment into which M. de T----'s letter had thrown G----
M----; `he hesitated,' said she, `about leaving, and assured me
that he should not be long absent; and it is on this account that
I am uneasy at seeing you here, and that I betrayed, at your
appearance, some slight feeling of surprise.'

Abbé Prévost, Manon Lescaut