Sunday, July 1, 2012

JED3


Je sais bien que ni les arbres,
ni le fleuve, ni les montagnes
n’ont bougé de leur place.
Oui, je le sais bien. Mais si je
dis que dans mon égarement
je n’avais pas fait attention à
la montagne, ni au fleuve, ni
aux  arbres du jardin et de
l’avenue, tu ne dois pas me
gronder ni te fâcher avec moi.
Car tout enfant que je sois, je
ne mens jamais. Ne te sens pas
forcée de m’aimer au-delà du
temps de l’amour (au cas où,
comme il arrive souvent, l’amour
connaisse lui aussi  la loi de la mort);
mais comprends moi  bien quand je
te  dis qu’en t’entendant  avouer que
tu  m’aimes mes yeux se sont réveillés
pour la réalité. Moi, qui ne voyais pas,
j’ai commencé à voir. Oui, c’est bien
cela – et cela seul - ce que je voulais dire.

Les arbres, les fleuves et les
montagnes  peuvent n’être, dans
ma tentative d’explication de ce
qui  m’arrivait, qu’une très brève
métaphore.  Mais ce que je dis est
clair et tu l’as  certainement  deviné :
l’amour seul a le  pouvoir, non pas de 
transfigurer la réalité,  comme il est
souvent dit, mais de nous  ramener
à la simplicité de la vie, là où nous
sommes  à nouveau à la merci de la
joie et de la douleur. Là où les arbres,
les fleuves  et les montagnes nous font
compagnie et sont  parfois  des complices
discrets de nos états  d’âme, de notre
destin si brusque et solitaire.

(Joseph Edward Soice) 

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