Sunday, September 2, 2012

JED 8


Depuis longtemps le vide régnait. Puis, un jour, du néant surgit l’amour. Le vide fut oublié et celui qui était aimé a cessé de se plaindre de son sort, n’a plus trouvé que la vie, la sienne et celle de tout le monde, manquait de sens. Il n’était que l’acteur nouveau jouant un rôle connu dans une vieille histoire, souvent répétée, mais il en était heureux. 

L’amour l’avait ressuscité de son tombeau. Parfois, cependant, il avait peur : si celle qu’il aimait cessait de l’aimer qu’adviendrait-il de lui ? Il savait ce qui arriverait si ce malheur tombait sur lui : le néant, le vide, à nouveau le laisseraient, mort-vivant, enseveli dans son destin ignoble où se dégraderait son existence. 

Mais s’il lui arrivait de douter de l’amour, vite il détournait sa pensée des soucis menaçants. Pourquoi les dieux, s’ils existaient et étaient responsables de ce qui toujours lui arrivait - le bien et le mal – le laisseraient-ils tomber? Non, non, se disait-il, c’est moi qui n’ai pas l’habitude du bonheur. 

En fait le vide était toujours là : c’est dans son ventre affamé que l’amour et la peur de l’amour avaient fait leur lit. 

(J. E. Soice)

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