Wednesday, December 11, 2013

Cauchemar

Cauchemar

Dans mon rêve j'avais essayé de lui
parler. Je lui ai dit: tu n’a pas de
corps, ton visage n’est que l’ombre
visible de ton âme. Elle m’a tourné
le dos et un sanglot s’est échappé
de sa gorge. J’ai voulu pleurer, je
n’ai pas réussi. Je me suis approché
de la fenêtre et j’ai regardé dehors.

La nuit était dense de mystère et
de douleur. Les arbres sans feuilles
et la petite place en face de la maison
ressemblaient soudain à un décor
de cinéma : en noir et blanc, irréel,
déserté par la vie. Une voiture a
traversé l’avenue sans faire du
bruit puis est disparue dans le
brouillard. Une froideur glacée
engloutissait les spectres de
notre imagination fébrile.

Un silence de mort s’était abattu
sur nous, la chambre était devenue
un bateau ivre de désespoir en train
de sombrer dans le néant. J’ai regardé
dans sa direction, elle était à genoux
par terre. Sa tête touchait le plancher.
J’ai voulu caresser ses cheveux, poser
ma main sur son épaule, l’attirer vers
moi, la sauver du gouffre qui menaçait
de nous engloutir. Les forces et la foi
m’ont manqués.

Le cri d’un oiseau a retentit
dans la sévérité de la nuit et
elle a sangloté. Sa silhouette
noire emplissait la chambre. Je
lui ai dit: reviens de ton cauchemar,
je t’en prie, il y a encore une place
pour toi entre nous et je t’aimerai;
oui, vivons. Elle n’a pas bougé.
M’a-t-elle écouté? Je ne pouvais pas
le savoir. Au petit matin la lumière
a dissout l’ombre. Je  me suis réveillé.
Elle dormait à mes  côtés, son doux
visage éclairé par un sourire enfantin.

J. E. Soice

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